Les bienfaits – supposés – du whisky pour la santé
Entre la proverbiale sagesse de nos ainés, les on-dits des anciens écossais, l’avis de beau-Papa qui traine beaucoup sur internet et une réalité médicale difficilement vérifiable, comment savoir si l’on peut attribuer des bienfaits pour la santé au whisky ?
On a tous envie de croire en cette « sagesse populaire » vantant les avantages supposés indéniables à boire un scotch (ou un japonais, ou autre, pas de sectarisme ici) …
Explorons donc avec un regard curieux et objectif ces vertus étonnantes annoncées.
Oui, le whisky serait plutôt bon pour la santé, à quelques égards, tant qu’on parle de consommation faible.
Et en tout cas, il est certainement beaucoup moins nocif que la plupart des alcools.
Un verre occasionnel de whisky contribuerait ainsi à la prévention de certains cancers, réduirait les risques cardiovasculaires et ne favorise pas la prise de poids.
Et c’est déjà pas mal !
Voyons ça en détail…
– Combien de calories dans un verre de whisky ?
Dans un verre de 3cl de whisky titrant 40°, on comptabilisera moins de 200 calories (187,5 théoriquement).
Avec si peu de calories et sachant que le whisky ne contient pas de graisses et infiniment peu de glucides, on peut considérer que le whisky n’entraine pas à lui-seul de prise de poids (ni des maladies chroniques liées aux graisses trans et saturées). Le vin et la bière par exemple sont beaucoup plus caloriques et sucrés.
Plutôt intéressant donc pour ne pas se priver de boire un verre en soirée, tout en surveillant du coin de l’œil son poids.
J’ai bien dit un verre. Mais ces calories étant « creuses », elles sont en plus moins néfastes que celles d’autres spiritueux.
– Qu’est-ce qu’une « calorie creuse » ?
Ce sont des calories que le corps ne sait pas stocker.
Elles sont donc utilisées en priorité par l’organisme, piochant directement dans le flux sanguin. Le hic vient du fait que ledit organisme stockera donc tout ce qui est ingéré en même temps que votre verre de whisky, puisqu’il sait se contenter de ce que ce verre lui apporte dans l’immédiat.
En outre, le whisky booste l’organisme, qui va donc très ponctuellement sur-consommer… Ok donc pour trois chips, mais pas quatre …
On voudrait donc emprunter le raccourci que boire un verre de whisky peut même aider à se débarrasser de quelques graisses stockées.
Ce qui est vrai, tant qu’on n’ingère rien aussi longtemps que de l’alcool reste dans le sang. (rappel : on élimine 0,1g d’alcool par litre de sang par heure)
Donc boire un verre de whisky, sans grignoter, semble plutôt bénéfique effectivement.
– Quels sont les bienfaits supposés du whisky ?
Ce qui revient souvent peut se résumer à la liste suivante, prenons également le temps de la discuter :
+ Peu calorique : On vient d’en parler. Pas faux mais à prendre avec des pincettes.
+ Bon pour le cœur passés 40 ans : En empêchant l’accumulation de « mauvais cholestérol » dans les artères, le whisky contribuerait donc à réduire les risques de formation de caillots sanguins ainsi que ceux de faire une crise cardiaque.
Des études récentes ont démontré qu’on était très inégaux sur ce point, voir en bas de page l’encart sur le risque cardiaque et l’alcool.
Mais, il y a un fond de vérité.
En revanche, pas de polyphénols dans le whisky donc il est faux de parler des antioxydants sur ce point.
+ Prévention du cancer : De par la présence de certains antioxydants et notamment de l’acide éllagique, consommer un peu de whisky permettrait d’empêcher la prolifération des cellules cancéreuses.
Attention, on ne parle que de quelques cancers ici : peau, poumon, œsophage. Ce n’est certainement pas un médicament pour autant, ni un traitement. Et l’éthanol à forte dose est cancérigène lui aussi… On en revient à la notion de dose raisonnable.
+ Prévention de certaines maladies dégénératives du cerveau (Alzheimer par exemple) :
Une stimulation des neurones aurait un effet positif sur la mémoire entre autres. C’est un on-dit tenace mais il est difficile de trouver quelque chose d’argumenté sur le sujet.
+ Plein de vitamines et minéraux : Faux, on ne trouve que de la B1 et très légèrement. Et quelques minéraux essentiels… Il vaut mieux manger un toast grillé de fromage de chèvre avec de l’huile d’olive et deux noisettes.
+ Aide à combattre le stress : Il serait plus honnête de dire qu’une boisson alcoolisée de manière générale peut avoir cet effet …
Et là aussi, il y a des méthodes sans alcool qui le permettent. Argument fallacieux, avouons-le.
+ Sans danger pour les diabétiques : Avec un taux de glucides effectivement quasiment nul, le taux de sucre dans le sang n’augmente pas. Un bon point pour les gens souffrant de cette maladie mais qui souhaitent pouvoir boire un verre entre amis (ou pas).
En conclusion : Au-delà des principes évidents de modération et de retenue empêchant les effets clairement néfastes (pour la santé avant tout, mais également pour le porte-monnaie), peut-on dire que le whisky est bon pour la santé ?
Les listes tentatrices comme « 10 bienfaits du whisky pour votre corps », par exemple, sont à lire avec l’œil critique d’un consommateur averti et responsable.
Aucun alcool n’est foncièrement bon pour la santé, mais le whisky est clairement l’un des moins mauvais.
Avec quelques effets positifs potentiels.
Mon avis : Continuez à apprécier occasionnellement un verre. Le plaisir n’est jamais dans l’abus.
Les effets « cardio-protecteurs » supposés, de la consommation modérée d’alcool auraient une origine génétique : Le gène ADH3 possédé en double entraîne, grâce à une enzyme, une dégradation des molécules d’alcool très lente et en même temps, une augmentation du « bon cholestérol » ayant effectivement un effet protecteur pour le cœur.
Ainsi, les personnes ayant bénéficié de cette particularité génétique présentent un risque beaucoup plus faible d’être victimes d’une attaque cardiaque. Voici, pour aller plus loin, quelques sources relevées sur le site de la Fédération Française de Cardiologie :
– La consommation d’alcool en France, Institut national de prévention et d’éducation pour la santé : www.inpes.sante.fr/10000/themes/alcool/consommation-alcool-france.asp
– O’Keefe, JH, Bybee, KA, Lavie, CJ. Alcohol and cardiovascular health : the razor-sharp double-edged sword. J Am Coll Cardiol, 50(11), 2007, 1009-1014.
– Corrao G, Luca R, Bagnardi et al. Alcohol and coronary heart disease: a meta-analysis. Addiction, 95(10), 2000, 1505–1523.
– Sacco RL, Elkind, M, Boden-Albala B.The protective effect of moderate alcohol consumption on ischemic stroke. JAMA, 281(1), 1999, 53-60.
– Mukamal KJ, Chung H, Jenny NS. Alcohol use and risk of ischemic stroke among older adults: the CV Health Study. Stroke, 36(9), 2005, 1830-1834.
– Howard AA, Arnsten JH, Gourevitch MN. Effect of alcohol consumption on diabetes mellitus: a systematic review. Annals of Internal Medicine, 140 (3), 2004, 211–219.
– Allen NE, et al, Moderate Alcohol Intake and Cancer Incidence in Women, Journal of the National Cancer Institute, Vol. 101, Issue 5, March 4, 2009, 296 – 305. Advance Access published February 24, 2009.
– Les risques liés à la consommation d’alcool pendant la grossesse. Instituts Louis Harris et BVA, Ministère de la Santé et l’INPES.